Friday, 13 November 2015

Retrotopia - Episode 1 (John Michael Greer)


Ceci est la traduction en français du premier article d'une longue série, postés par John Michael Greer, auteur du blog "The Archdruid's Report". Voici un lien vers l'article original :

http://thearchdruidreport.blogspot.fr/2015/08/retrotopia-dawn-train-from-pittsburgh.html

Ce qui suit en est ma traduction vers le français.

Titre original : "Retrotopia: Dawn Train from Pittsburgh"

Retrotopia: Premier train en provenance de Pittsburgh

Voici le premier d'une série d'articles utilisant les outils de la narration pour explorer une forme alternative du futur. Un conseil aux lecteurs qui auraient rejoint The Archdruid's Report depuis peu: ne vous attendez pas à voir vos questions éclaircies tout de suite.

**********

J'arrivai tôt en gare de Pittsburgh. C'était un souvenir délabré de ce qui avait dû être auparavant une de ces grandes gares anciennes qu'on voit sur les vids d'Histoire, rien d'autre qu'une morne petite salle d'attente en bas et un escalier montant aux côtés d'un escalator mort depuis longtemps, jusqu'aux quais tout en haut. La salle d'attente avait de la peinture fraîche sur les murs et les machines de vente étaient du genre qu'on voit partout. A part ça, l'endroit tout entier donnait l'impression d'avoir été cadenassé pour la fin du dernier trajet de la dernière ligne Amtrak, et d'avoir pris la poussière jusqu'à ce que se rouvre la frontière.



Les sièges étaient en fibre de verre, et devaient avoir aux alentours de trois quarts de siècle. J'en trouvai un qui n'avait pas l'air de trop vouloir se casser quand je m'assis dessus, me calai et sortit mon veepad pour vérifier une énième fois l'horaire. Le train que je prendrais était indiqué à l'heure, arrivée à 5h10 AM en gare de Pittsburgh, départ à 5h35 AM, arrivée prévue à Toledo Central Station 11h12 AM. Je tapotai à nouveau le veepad, regardai les infos. L'élection était encore sur tous les titres — le discours de renoncement du Président Barfield, une ruée de billets d'opinion de la part de divers intellos affiliés aux perdants expliquant combien Ellen Montrose allait nuire au pays. Je grognai, et pageai un coup. D'autres sujets jouaient des coudes: des points sur les guerres en Californie et aux Balkans, de mauvaises nouvelles de l'épidémie de fièvre hémorragique en Amerique Latine, et d'autres encore pires sur l'Antarctique, où encore une autre banquise venait de se débiner et dérivait plein nord vers les couloirs maritimes.



Pendant que les actualités défilaient, d'autres poignées de passagers s'enfilèrent en salle d'attente. Je pouvais juste les apercevoir au-delà du champ d'image que le veepad projetait dans mon cortex visuel. Deux hommes et une femme dans des costumes d'affaires en bioplastique ordinaire vinrent s'asseoir ensemble, parlant avec animation de quelque investisssement. Un vieux couple dont la tenue leur conférait un air tout droit sortis d'une vid d'Histoire entrèrent et s'assirent discrètement près de l'escalier. Un peu plus tard, une famille de quatre en habits qui semblaient encore plus désuets—Maman avait un bonnet sur la tête, et je vous jure que je ne l'invente pas—arrivèrent avec des bagages confectionnés de tapisserie victorienne, et se posèrent pas loin de moi. ça ne m'enchantait pas trop, les enfants étant ce qu'ils sont de nos jours, mais ces deux-là s'asseyèrent et, après un peu de remous, sortirent chacun un livre et commencèrent à lire tranquillement. Je me demandai si on ne les avait pas drogués.



Un peu après, une autre famille de quatre arrivèrent, portant le genre d'habits bas de gamme qui pourraient aussi bien être couverts des lettres “pauvres des villes”, et hâlant de gros sacs plastiques qui laissaient penser que tout ce qu'eux possédaient était bourré dedans. Ils avaient l'air tendus, effrayés, excités. Ils s'assirent dans un coin à l'écart, les parents se parlant à voix basse, les enfants regardant tout avec de grands yeux et ne disant rien. Je m'interrogeai sur eux, haussai mentalement les épaules, et retournai aux nouvelles.



J'avais épuisé les actus et entamai les textmails du jour, quand le haut-parleur mural racla sa gorge électronique avec un sifflement électronique pour dire, “Train Vingt-Et-Un, service pour Toledo via Steubenville, Canton et Sandusky, va arriver Quai Un. Préparez s'il-vous-plaît vos tickets et passeports. Train Vingt-Et-Un pour Toledo, Quai Un.”




Je tapotai le veepad pour le mettre en veille, le fourrai dans ma poche, me levai de mon siège en même temps que les autres, et grimpai les escaliers jusqu'au quai. Le ciel passait juste au gris avec le premier soupçon de l'aube, et l'air était froid; le sifflet du train sonnait long et seul dans la distance. Je me tournai pour regarder. Je n'avais jamais été dans un train avant, et beaucoup de ce que j'en savais venait de vids d'Histoire et de mes recherches pour ce voyage. D'après ce que j'avais entendu sur ma destination, je me demandai si la locomotive ne serait pas une antique pétaudière avec une grosse cheminée injectant de la fumée de charbon dans l'atmosphère.



Cependant, la vision qui se présenta au détour du virage ne s'apparentait pas trop à ma rêverie du moment. C'était le genre de locomotive qu'on aurait trouvée sur n'importe quelle voie ferrée américaine vers 1950, une grosse machine électrique moteur diesel au nez cassé et un seul gros phare illuminant la voie. Elle siffla à nouveau, et alors le rugissement des moteurs s'éleva par-dessus pour noyer tout le reste. La locomotive se rua le long du quai, la seule chose qui me surprit fut l'odeur de frites qui s'engouffra à sa suite. Derrière elle suivit une longue chaîne de wagons de fret, et derrière, une voiture à bagage et trois wagons passagers.



Le train ralentit jusqu'au pas, et puis s'arrêta lorsque les wagons passagers arrivèrent au quai. Un conducteur en uniforme bleu et casquette se laissa glisser du dernier wagon. “Tickets et passeports, s'il-vous-plaît,” dit-il, et je sortis mon veepad, le réveillai, activai l'écran plat et récupérai les deux documents dessus.



Passeport physique, s'il-vous-plaît,” le conducteur dit lorsqu'il s'adressa à moi.



Désolé.” Je farfouillai dans ma poche, et le lui passai. Il le vérifia, sourit et dit “Merci, Mr. Carr. Vous devez probablement déjà le savoir, mais vous aurez besoin d'un ticket papier pour le retour.”



Je l'ai, merci.”



Super.” Il avança jusqu'à la famille avec les bagages en sac plastique. La mère dit quelque chose à voix basse, lui passa des tickets et quelque chose qui n'avait pas l'air d'un passeport. “C'est bon”, dit le conducteur. “Vous devrez sortir vos papiers d'immigration quand nous arriverons à la frontière.”



La femme murmura quelque chose d'autre, et le conducteur alla vers le couple âgé, me laissant me demander ce que je venais d'entrevoir. De l'immigration? Cela impliquait, d'abord, que ces gens-là voulaient véritablement vivre dans la République de Lakeland, et ensuite, qu'ils y étaient autorisés. Rien de tout ça ne me paraissait possible. Je pris note sur mon veepad de poser des questions sur l'immigration une fois arrivé à Toledo, et de comparer ce qu'eux me diraient avec ce que je pourrais bien trouver une fois revenu à Philadelphie.



Le conducteur finit de prendre les tickets en vérifiant les passeports, et lança l'appel, “Tous à bord !”



J'allai avec les autres au premier des trois wagons passagers, grimpai l'escalier et tournai à gauche. L'intérieur était à peu près ce à quoi je m'attendais, rangée par rangée de sièges doubles vers l'avant, mais tout se montrait propre et reluisant et les jambes avaient beaucoup plus de place que j'en avais l'habitude. Je longeai l'allée à moitié, balançai ma valise sur le rangement supérieur et m'installai dans le siège côté fenêtre. Nous restions depuis un moment, quand le wagon se mit en branle pour rouler.



Nous parcourûmes l'extrémité ouest de Pittsburgh en premier, le long des sombres gratte-ciels vides du Golden Triangle, en franchissant ensuite la rivière vers les banlieues ouest. C'étaient des bidonvilles construits à partir des débris de vieux lotissements et de galleries marchandes, le genre de choses qu'on trouve autour de la plupart des villes ces temps-ci, quand on ne trouve pas pire encore, mêlés à de vieux lotissements délabrés qui n'avaient certainement pas vu un seau de peinture ou une nouvelle toiture depuis que les Etats-Unis s'étaient défaits. Enfin les banlieues disparurent, et c'est là où ça empirait.



Le pays à l'ouest de Pittsburgh fut durement touché pendant la Seconde Guerre de Sécession, je le savais, et plus durement encore quand la frontière fut fermée suite à la Partition. Je m'étais demandé, en organisant le voyage, de combien il s'était réparé dans les trois années depuis le Traité de Richmond. En regardant par la fenêtre alors que le ciel devenait gris derrière nous, j'ai eu ma réponse : pas de beaucoup. Il y avait des fermes industrielles qui donnaient signe de vie, mais les petites villes à travers lesquelles roulait le train étaient des coquilles vidées par les bombes, et il y avait des étendues dérangeantes sur lesquelles chaque maison, chaque grange que je voyais était un affaissement de ruines et de jeunes arbres poussaient dans ce qui avait dû être champs et prés quelques décennies plus tôt. Au bout d'un moment ce fut trop déprimant de continuer à regarder par la fenêtre, et je sortis de nouveau mon veepad, en passant un moment bien long à répondre à des textmails et à consigner quelques questions que je voudrais poser une fois à Toledo.



J'avais été rattrapé par le courrier quand la porte au fond du wagon s'ouvrit en glissant. “Ladies and gentlemen,” dit le conducteur, “nous allons arriver à la frontière dans près de cinq minutes. Vous aurez besoin de garder vos passeports à disposition, et les immigrants devraient aussi avoir leurs papiers sortis. Merci beaucoup.”



Nous continuâmes à rouler, à travers un bosquet dense, et puis au milieu de terrain nu. Au-devant, une paire de routes coupaient droit nord et sud à travers le pays. Jusqu'à il y a trois ans, il y avait eu une haute barrière de barbelés entre elles, des soldats patrouillant de notre côté, l'autre côté restant un mystère presque entier. La barrière était maintenant enlevée, et il y avait deux bâtiments pour les gardes frontaliers, un de chaque côté de la ligne. Celui côté Est était un objet de béton et d'acier modernes qui faisait penser qu'un gratte-ciel s'était arrêté là, s'était accroupi, et avait pondu un oeuf. Comme nous nous en rapprochions, je pus voir les gardes frontaliers en tenue kaki digitale, casque, et gilets anti-obus, montant la garde avec des fusils d'assaut.



Là nous passâmes en territoire de la République de Lakeland, et je pus mieux voir le bâtiment de l'autre côté. C'était une construction de brique agréable à l'oeil, qui aurait pu être une bibliothèque publique à l'époque Carnegie, ou la vieille mairie d'une municipalité de taille moyenne, et les gens qui sortaient des grandes entrées en ogives, pour intercepter le train alors que celui-ci ralentissait jusqu'à l'arrêt, n'avaient pas l'air de soldats du tout.



La porte s'ouvrit encore, et je me retournai. Une des gardes frontaliers, une femme d'âge mûr à la peau couleur café, entra dans le wagon. Elle portait une blouse d'uniforme blanche et des pantalons bleus, et la seule puissance de feu qu'elle portait sur elle était un revolver rangé commodément dans un étui sur sa hanche. Elle était munie d'un bloc-notes, et remonta l'allée, vérifiant les passeports de chacun sur une liste.



Je lui tendis le mien quand elle m'eût atteint. “Mr. Carr,” dit-elle avec un grand sourire. “Nous étions au courant que vous traverseriez ce matin. Bienvenue en République de Lakeland.”



Merci,” dis-je. Elle me rendit le passeport, et continua avec la famille aux bagages en sac plastique. Ils lui tendirent une liasse de papiers, elle les parcourut rapidement, signa quelque chose à mi-parcours, puis la leur rendirent. “Okay, vous êtes bien”, dit-elle. “Bienvenue en République de Lakeland.”



Nous sommes entrés ?” demanda la mère de famille, comme si elle n'y croyait pas.



Vous êtes entrés”, lui dit la garde frontières. “Aussi légalement qu'on le puisse.”



Oh mon Dieu. Merci.” Elle fondit en larmes, et son époux la prit dans ses bras en lui tapotant le dos. La garde frontières lui offrit un sourire et vint voir la famille en habits désuets.



J'y repensai alors que la garde finit de vérifier les passeports et quitta le wagon. Dehors, deux gardes de plus avec un chien finirent de longer le train, et levèrent le pouce pour le conducteur. En une minute, le train recommença à rouler. "C'est tout ?" me demandais-je. Pas de détecteurs de métaux, pas de rayons X, rien ? Ou bien ils étaient très naïfs, ou bien alors très confiants.



Nous passâmes la zone frontalière et un écran d'arbres au-delà, et soudain le train roulait parmi un paysage qui n'aurait pu s'éloigner davantage de celui de l'autre côté de la ligne. C'était plein de fermes, mais ce n'étaient pas les grosses surfaces industrielles auxquelles j'étais habitué. Je comptais les maisons et les granges où nous passions, et estimai à vue de nez que les fermes étaient de quarante à quatre vingts hectares chacune; toutes étaient en multicultures, et pas en monocultures efficientes. La moisson était en grande partie récoltée, mais j'avais grandi en terre paysanne et savait de quoi avait l'air un champ après avoir été monté en maïs, en blé, en chous, en navets, en chanvre industriel, ou tout ce que vous voulez. Chaque ferme semblait avoir tout cela et davantage, sans mentionner le bétail dans les prés, les cochons dans un enclos, un jardin et un verger. Je secouai la tête, abassourdi. C'était désespérément inefficace comme mode de gestion agroalimentaire, je savais ça depuis mon passage en école de commerce, et pourtant les dossiers de briefing que j'avais lu en me préparant à ce voyage disaient que la République de Lakeland exportait beaucoup de produits agricoles et n'en importait quasiment aucun. Je me demandais si, une fois plus à l'intérieur, le train passerait devant de vraies fermes.



Nous dépassions davantage de petites fermes mixtes, et quelques poignées de petites villes qui étaient aussi loin d'être des coquilles, vidées par les bombes, qu'on pouvait l'imaginer. Il y avait des maisons avec les lumières allumées et des commerces qui se préparaient très visiblement à l'ouverture du matin. Toutes ces villes avaient des petites gares en briques, bien que nous ne nous y arrêtâmes pas — je me demandai s'ils avaient des transports urbains ou autre chose. En regardant passer les fermes et les villes, je pensais au contraste avec le paysage de l'autre côté de la frontière, en grimaçant, et je m'arrêtai en me remémorant que les fermes et les villes devaient être subventionnées. Des petites villes n'étaient pas plus économiquement viables que des petites fermes, après tout. Est-ce que tout ça était une sorte de montage d'un Village Potemkine, dans le seul but d'impressionner les visiteurs ?



La porte au fond du wagon coulissa, et le conducteur vint. “Prochain arrêt, Steubenville,” dit-il. “Braves gens, nous avons un tas de gens qui montent à Steubenville, alors s'il-vous-plaît ne prenez pas plus de sièges que ce dont vous avez besoin.”



Steubenville avait appartenu à l'Etat de l'Ohio avant la Partition, je m'en souvenais. Le nom de la ville a remué un autre souvenir, ceci dit. Je ne pouvais pas vraiment le faire remonter, et je décidais de le rechercher. Je sortis mon veepad, le tapotai, et obtins un champ d'image noir avec les mots : pas de signal. Je le tapotai à nouveau, obtins la même chose, ouvrit la configuration de connectivité et découvris que le truc ne plaisantait pas. Il n'y avait aucun signal métanet nulle part à portée de main. Je le fixai des yeux, en me demandant comment j'allais consulter les infos ou me tenir à jour de mes textmails, et là je me posai la question : par quel plut vais-je m'acheter des trucs, ou payer la note de l'hôtel ?



Le champ visuel noir n'avait aucune réponse. Je résolus qu'il faudrait régler ça quand j'arriverais à Toledo; j'avais été invité, après tout. Peut-être avaient-ils de la connectivité dans les grandes villes, ou quelque chose. L'histoire disait qu'il n'y avait de métanet nulle part en République de Lakeland, mais j'avais des doutes à ce sujet — comment pouvez-vous gérer quoi que ce soit du côté de ce tas de huttes en terre sans connexion réseau ? Pas de doute, décrétai-je, ils devaient disposer d'un genre de réseau sécurisé ou autre chose. Nous avions parlé de faire quelque chose dans le même genre là-bas à Philadelphie plus d'une fois, juste à usage gouvernemental, pour que le prochain round de netwars ne vandalise pas notre infrastructure de la même façon que celle de l'ancienne union fut vandalisée par les Chinois en ‘21.



Quand même, le champ noir et ces deux mots me bouleversèrent plus que je ne voulais l'admettre. Il y avait eu plus d'années que je ne voulais y penser depuis que j'avais été à plus d'un clic du métanet, et en être coupé me faisait me sentir à la dérive.



Le soleil chassa des nuages bas derrière nous, et le train roulait dans ce que je devinais être East Steubenville. Je m'étais attendu aux genres de banlieues que j'avais vues à la sortie de Pittsburgh, de sinistres habitats délabrés constellés de bidonvilles pour les pauvres. Ce que je vis à la place me laissa sans voix. Le train croisait des rues bordées d'arbres pleines de maisons qui avaient de la peinture fraîche aux murs et de l'ardoise sur les toits, des petits quartiers d'affaires locaux avec des magasins et des restaurants en activité, et une école qui ne ressemblait pas à une maison d'arrêt. La seule chose qui m'intrigua fut de ne pas voir de voitures, juste des voies le long de certaines rues et une fois, assez improbable, un tramway à l'ancienne qui talonna le train un moment et ensuite bifurqua. La plupart des maisons semblaient avoir des jardins à l'arrière, et le train dépassa un grand terrain vide qui était divisé en petits espaces jardinés et avait des panneaux tout autour disant “jardin ouvrier”. Je me demandais si ça dénotait une rareté de nourriture par ici.



Une vibration et un à-coup, et le train franchissait la Ohio River sur un grand et neuf pont ferroviaire. Devant se trouvait Steubenville même. C'est là que me revint ce qui essayait de se rappeler à moi auparavant : il y eut une bataille à Steubenville, une grosse, vers la fin de la Seconde Guerre de Sécession. Je me rappelais des détails de gros titres que j'avais vus étant enfant, et une vid d'Histoire que j'avais regardée il y a quelques années; une armée Fédérale tenait les passages sur l'Ohio contre les forces de l'Alliance durant près de deux mois avant qu'Anderson frappe droit à travers le front de Virginie de l'Ouest et rendit tout ça inutile. Je me souvins de photos de ce dont Steubenville avait l'air après les combats : un paysage noirci de ruines où tout mur assez haut pour cacher un soldat derrière s'était fait toucher par un obus qui lui était dédié.



ça ne fut pas ce que je vis s'étalant plus avant quand le train franchit l'Ohio, cependant. La Steubenville que je vis était une ville agréable à l'œil avec un centre-ville plein de bâtiments à trois ou quatre étages, entouré de quartiers résidentiels, quelques maisons alignées et d'autres en ordre dispersé. Il y avait des tramways du côté ouest de la rivière, aussi—j'en repérai deux comme nous nous approchâmes de la rive — et en plus quelques voitures, bien que celles-ci soient peu nombreuses. Les arbres qui garnissaient les rues étaient assez jeunes pour pouvoir deviner qu'ils avaient été plantés après l'arrêt des combats. A part ça, Steubenville donnait l'impression d'une agglomération confortable, et bien établie.



Je contemplai par la fenêtre quand le train roula non plus sur le pont, mais dans Steubenville, en essayant de donner un sens à ce que je voyais. Du côté arrière de la frontière, et partout ailleurs où j'avais été dans ce qui était autrefois les Etats-Unis, vous voyiez encore de la dévastation des années de guerre sur tout le terrain. Entre la crise de la dette et l'état de l'économie mondiale, l'argent dont on aurait pu avoir besoin pour reconstruire ou même démolir les ruines était juste trop dur à trouver. Les choses auraient dû être pires ici, car la République de Lakeland s'était vue fermer l'accès aux marchés de crédit mondiaux pendant trente ans après la liquidation de ‘32—mais de pire, elles ne l'étaient pas. Elles paraissaient considérablement mieux. J'attrapai mon veepad, me souvins que je n'obtenais pas de signal, et fronçai les sourcils. S'ils ne pouvaient même pas se payer l'infrastructure pour le métanet, par quel plut pouvaient-ils se permettre de reconstruire leur habitat ?



Les bâtiments de brique chaleureux du centre de Steubenville ne m'offrirent aucune réponse. Je me rasseyai, les sourcils froncés, comme le train s'ébranlait contre un aiguillage et entra en gare de Steubenville. “Steubenville,” appela le conducteur depuis la porte derrière moi, et le train commença à ralentir.

[Texte original : John Michael Greer. Traduit de l'anglais par votre serviteur]

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