Sunday, 6 December 2015

Retrotopia - Episode 6 (John Michael Greer)


Ceci est la traduction en français du sixième article d'une longue série, postés par John Michael Greer, auteur du blog "The Archdruid's Report". Voici un lien vers l'article original :

http://thearchdruidreport.blogspot.fr/2015/10/retrotopia-scent-of-ink-on-paper.html
Ce qui suit en est ma traduction vers le français.

Titre original : The Scent of Ink on Paper

Retrotopia - La senteur de l'encre sur du papier

Voici la sixième session d'une exploration de quelques-uns des futurs possibles abordés sur ce blog, en utilisant l'outillage de la fiction romancée. Notre narrateur, écumant les rues de la capitale de la République du Lakeland, rend visite à un kiosque à journaux et à une bibliothèque publique, pour y découvrir que l'information et la connaissance sont deux choses différentes...
***********
Je fis un saut à mon hôtel, y déposai le sac de magasin avec mes vêtements en bioplastique, et ressortis sur les rues de Toledo. Ça paraît plus facile, en le lisant, que ça ne le fut en vrai; quelque sorte d'évènement — une réception de mariage, je devinai d'après le décor — était en train de commencer dans une des salles de bal du premier étage, et le hall d'entrée et le trottoir au-dehors étaient tous deux bondés de gens en tenue formelle essayant de rentrer. Il fallut quelque-peu manoeuvrer pour tout traverser, mais après pas tant de minutes que ça j'étais en train de remonter au pas de course un trottoir dégagé de foule, en direction du dôme blanc inachevé du Capitole.

La Chambre Législative, au pays à Philadelphie, n'a pas de dôme. C'est une gelée angulaire de verre et de métal, designée par j'ai oublié quel cabinet vedette d'architecture européenne, et quand elle a ouvert il y a vingt-deux ans vous pouviez à peine simplement aller sur le métanet sans être assailli de “oohs” et de “ahs”, “à quel point” c'était “excitant, novateur, et futuriste”. Vous n'entendez plus grand-chose de tout cela. Ils ont passé vingt-deux ans à présent à essayer d'arrêter le toit de fuir et à arriver à des solutions de contournement pour toutes les fonctionnalités novatrices qui ne s'avérèrent pas trop bien fonctionner, et de nos jours le design a l'air ridiculement daté, de la manière dont le fait toujours l'architecture avant-garde* deux ou trois décennies en chemin. J'étais curieux de voir ce que la République de Lakeland avait fait à la place.

XXX Il fallut deux pâtés de maisons pour arriver à un endroit d'où j'avais une vue nette du bâtiment, et quand j'y fus, je n'en eus pour aucune surprise particulière. Ils l'avaient modelé sur les bâtiments de capitoles d'état dans l'ancienne Union, avec un haut dôme blanc au centre par-dessus la rotonde et la grande entrée de cérémonie, et avec deux ailes, une par chambre de législature, sur les deux côtés. Le drapeau de la République de Lakeland — bleu au-dessus et vert en-dessous, avec un cercle de sept étoiles dorées pour les sept états qui se rejoignirent lors de la Partition — ondulait depuis un mât tout devant. De longues rangées de fenêtres sur chaque aile indiquaient qu'il y avait plein de place pour les bureaux et les salles de réunion en plus des chambres législatives. Les murs étaient de marbre blanc au décor classique, et les toits pointus de chaque côté du dôme n'avaient pas l'air de beaucoup risquer de fuir. Je pensai à ce que le banquier avait dit à propos de l'Histoire, et continuai à avancer.

Un autre pâté de maisons parcouru m'amena à une vitrine ouverte avec un gros panneau criard peint à la main au-dessus criant en grosses lettres rouges KAUFER’S NEWS. Sur le bas étaient placés davantage de journaux et de magazines — du genre qui sont imprimés sur du papier — que je n'avais jamais vus en un seul endroit. Je me remémorrai ce que Melanie Berger avait dit sur les journaux, et décidai de le vérifier.

À l'intérieur, des magazines s'alignaient le long des trois murs et des journaux remplissaient un gros îlot marchand au milieu. Des pancartes en gros lettrage rouge sur l'îlot marchand m'apportèrent plus d'indications : l'un criait JOURNAUX DE TOLEDO, l'autre JOURNAUX DE R.d.L., et un troisième JOURNAUX ETRANGERS. Ça restraignait un peu le champ, mais il y avait quand même quinze journaux différents dans la section Toledo.

La propriétaire était assise sur un haut tabouret à côté de l'entrée. C'était une femme à l'air négligée dans la trentaine, avec des cheveux blonds débordant de par-dessous une casquette, portant un tablier qui avait connu des jours meilleurs et sur lequel était imprimé KAUFER’S NEWS. Le temps que je me tourne vers elle, elle s'était déjà dépliée du tabouret et vint à moi. “Puis-je vous aider ?”

Avec plaisir,” dis-je. “Je suis nouveau en ville et je ne connais pas la presse locale.”

Pas de problème.” Elle montra du doigt les journaux empilés. “La Feuille et la Gazette sont les deux quotidiens — la Feuille est le journal qui fait référence, la Gazette est le journal de la communauté et beaucoup plus vivant. Le rest'd'entre eux sont des hebdos — de voisinage, ethnique, religieux, c'que vous voulez. La Feuille est à un buck vingt-cinq, la Gazette est à soixante-quinze cents, les autres à vingt-cinq, excepté pour le Complètement Toledo — c'est le papelard d'art et de sorties le soir, ç'ui-là n'coût'rien.”

Ça m'a toujours amusé que partout dans les anciens États-Unis, l'unité de base de la monnaie locale s'appelle encore le buck — c'est vrai même en Californie, où ce qui se fait comme commerce aux franges de la guerre civile a lieu principalement en monnaie chinoise quand ce n'est pas carrément du troc. Je sortis deux ou trois billets de Lakeland, pour prendre la Feuille de Toledo du jour et le dernier Complètement Toledo. “Merci,” dis-je.

Ça va de soi.” Elle se tourna vers un autre client qui avait un magazine ouvert. “Tu veux lire c'la, Mac, tu dois l'acheter. Ici c'pas la bibliothèque, tu sais.”

L'autre gars eut l'air penaud, ferma le magazine, le paya et quitta le kiosque à journaux. “Puisqu'on en parle,” je dis, “comment je peux aller à la bibliothèque d'ici ?”

Deux pâtés par là, prenez à gauche, trois pâtés tout droit et vous y êtes.”

Je la remerciai à nouveau, lui laissai comme obole un des quarts avec lesquels elle m'avait rendu la monnaie, et partis.

La bibliothèque n'était, cependant, pas en premier sur ma liste. Sur sa Une, la Feuille avait deux ou trois articles que je voulais lire. Le vent gagnait, aussi l'idée de m'affaler sur un des bancs publics tout-devant le Capitole ne m'attirait pas particulièrement; la question que j'avais à l'esprit était où pouvais-je m'assoir en intérieur et lire le tout. Comme il se trouve, j'avais avancé de moins d'un bloc quand je passai devant une petite gargotte genre trou-de-souris, et sur le siège côté fenêtre il y avait une vieille dame de couleur dans un épais manteau en laine avec une tasse de café dans la main et un exemplaire de la Gazette ouvert devant elle. Je suivis la suggestion, m'engouffrai à l'intérieur, et deux ou trois minutes plus tard fus perché sur une chaise légèrement branlante avec une tasse de café et la Une de la Feuille pour me tenir companie.

L'article en Une était sur la crise politique qui avait explosé ce matin. J'avais deviné que le journal aurait plus de détails que ce qu'on trouverait dans les infos-en-140-caractères dispensées par la plupart des sites d'info du métanet, et j'avais raison; en l'occurence, il y avait plus de détails que ce qu'on voyait sur l'ancien Internet, à l'époque. J'avais vu des dossiers de briefings classifiés sur des questions politiques qui ne couvraient pas autant de terrain. Le temps que je finisse le premier paragraphe et je connaissais les fondamentaux — le groupe qui menaçait de briser ses chaînes en se détachant de la coalition de Meeker était le parti de l'Alternative Sociale, et la question était de savoir si baisser le tarif sur trois métaux industriels comptait comme subvention gouvernementale pour une technologie — mais le reste de l'info, dont une partie en Une et une autre à l'intérieur au milieu de la première section, comblait les détails : qui soutenait la réduction de tarif, qui s'y opposait, quelles étaient les différentes positions, qu'avait à dire la haute chambre législative et les Juges de la Cour Constitutionnelle, et ainsi de suite. D'ci à ce que j'aie fini de le lire, j'avais capturé un assez bon instantané de la manière dont la politique fonctionnait au sein de la République.

L'autre article qui attira mon regard était un retour sur la destruction du satellite Progresso IV** il y a une semaine. Ça c'était une nouvelle, et pas seulement pour les obsédés de l'espace, car c'était le premier satellite à se faire abbattre par des déchets orbitaux dans une orbite terrestre moyenne, et il avait été suffisamment gros pour que ses fragments puissent se transformer en un réel problème pour d'autres satellites dans la même catégorie d'orbite. L'article citait le chef de l'agence spatiale brésilienne et un assortiment d'experts, avec des opinions allant d'optimiste à glaçante. Aucun des faits ne m'étaient nouveaux — j'avais suivi l'affaire des satellites depuis mes premières armes au gouvernement une douzaine d'annés auparavant — mais l'info remettait tout dans son contexte sans aucun effort en une page et demie de journal imprimé, parcourant tout depuis les premiers avertissements à l'époque des années 1970s, en passant par la catastrophe au ralenti du syndrôme de Kessler qui a eu lieu en orbite terrestre basse en 2029, jusqu'à l'augmentation de l'occurence de pannes de satellites en orbite géosynchrone cette dernière demie-douzaine d'années. Depuis les années 2030s, je le savais, les orbites moyennes s'étaient vues pâssablement encombrer; la dernière chose dont quiconque puisse avoir besoin aurait été un syndrôme de Kessler là-aussi.

Je me fis reremplir ma tasse, en faisant défiler le reste du journal. La section affaires allait demander une étude soigneuse, je le vis en un clin d'oeil. Une partie en était assez directe — plusieurs comtés émettant des bons du Trésor, les prix des matières premières industrielles à la bourse de Chicago filant ici ou là, et deux pages pleines qui ressemblaient à des données ordinaires d'un marché boursier, si ce n'est que je ne connaissais aucune des entreprises qui y figuraient — mais je bottai en touche sur certaines lignes. Celle qui me resta à l'esprit était une société qui était en train d'être démantelée : ne faisant pas faillite, n'étant pas rachetée, ni aucune des autres manières qu'ont les entreprises de mourir chez moi au pays, mais démantelant ses activités, distribuant les immobilisations qui lui restent, et mettant la clé sous la porte. Je secouai la tête, en continuant de lire. La section sports avait l'air plutôt normale, sauf que je ne connaissais aucune des équipes et il y en avait beaucoup, assez pour que je me demande si toute ville de taille moyenne en République de Lakeland avait la sienne à elle. La section arts et distractions au dos avait tout depuis les concerts en passant par la programmation théâtrale jusqu'à une page de programmes de radio. Je hochai la tête, glissai le papier dans une des grosses poches extérieures cousues sur mon imper, payai ma note et empruntai la sortie vers les lueurs faiblissantes de l'après-midi.

La bibliothèque était assez facile à trouver. C'était un gros bâtiment en brique à un étage avec des fenêtres en arcade et un large porche couvrant l'entrée, et deux ou trois étendards de tissu sur le devant avec dessus BRANCHE CAPITOLE — BIBLIOTHEQUE PUBLIQUE DE TOLEDO. L'accueil était spacieux, avec un comptoir d'affichage plein de prospectus. Sur la gauche, la porte était entrouverte, et j'entendis la voix d'une femme racontant un genre d'histoire à propos d'une taupe et d'un ragondin***; un regard en l'air se posa sur le panneau indiquant SALLE JEUNESSE. Je tournai à droite, et franchis la porte vers ce que j'espérais être la section pour adultes.

Je ne mis pas longtemps à établir que j'avais deviné correctement, même si ça ne ressemblait à aucune biliothèque que j'aie jamais vue. En lieu et place des rangs de longues tables nues fourrées d'écrans et de claviers, elle avait étagère après étagère de livres imprimés, davantage d'entre eux que je pensais n'en avoir jamais vus avant en un même lieu. Des tables et des chaises se regroupaient au milieu de la salle, avec des gens assis se penchant sur des livres, et à l'écart vers les fenêtres se trouvaient quelques canapés et des chaises rembourrées avec leur propre contingent de lecteurs. Une épaisse moquette recouvrait le sol et une frise historique garnissait le plafond voûté, s'étirant depuis les tribus indigènes à un bout jusqu'à un Capitole à-moitié construit de l'autre.

Je ne savais pas vraiment quoi penser de tout cela. À la place du cliquetis des touches et du babillement des voix qui conféraient leur bande sonore aux bibliothèques que je connaissais, la salle se taisait autant qu'un salon funéraire. Je contemplai un des habitués se rendre jusqu'au gros bureau où les bibliothécaires se tenaient pour leur poser une question, et la conversation qui s'ensuivit eut lieu dans un murmure. Faute de mieux à faire, je traversai la salle jusqu'aux étagères de livres. Il y avait un type de code numérique sur les tranches des livres, qui ne me disait pas grand-chose, mais d'après les titres j'extrapolai suffisemment vite que les premiers nombres vers les trois cents, ou au moins ces nombres-ci, avaient un rapport avec la politique. Je sortis deux ou trois livres, y jetai un coup d'oeil, et étais sur le point de passer à une autre étagère quand je repérai un mince volume intitulé Changer de Tiers.

Je sortis le livre, l'ouvrit, et trouvai que c'était exactement ce que j'avais deviné, un guide pour les Lakelanders qui se déplaçaient d'un comté à un autre à un tiers différent. Je le feuilletai pendant quelques minutes, décidai que j'avais besoin de le lire, et allai chercher une chaise libre.

Je me rendis assez rapidement compte que j'avais trouvé le livre dont j'avais besoin, parce que ça démarrait par un chapitre sur l'histoire du système de tiers, et cela me donna la clé de tout l'arrangement. Durant la Seconde Guerre de Sécession, expliquait le livre, les états qui devinrent la République de Lakeland se firent marteler presque tout le long du chemin qui mène à l'Âge de Pierre par des frappes aériennes Fédérales et deux années de combats ville par ville. Quand Washington tomba finalement et que les combats cessèrent, presque chaque bout d'infrastructure dans ces états routes, voies ferrées, réseaux électriques, systèmes pour l'eau courante et le tout-à-l'égoût, je vous laisse finir la liste était en ruines, et une fois que la Partition et le commencement de la crise de la dette anéantirent tout espoir de récupération rapide, les Lakelanders ont dû trouver comment les reconstruire et comment les financer. Les différences d'opinion furent suffisemment drastiques, et les financements et autres ressources suffisemment rares, pour que le gouvernement provisoire décide de rendre chaque comté responsable de décider quel type d'infrastructure il voulait, et de se taxer soi-même pour en payer les coûts.

À partir de ce démarrage, une bonne décennie ou plus de décisions locales contentieuses et de reconstruction graduelle, a évolué le système de tiers. Un second chapitre dessinait dans les grandes lignes le cadre légal — certaines clauses dans la constitution et ses amendements, deux décisions importantes par la Cour Constitutionnelle, et les lois qui régulaient ce que les comtés pouvaient faire ou pas, et ce qu'ils pouvaient faire appliquer ou pas. C'était tout bien clair, et je pris mon cahier pour en remplir près de quatre pages de notes. Plus droit au but, je finis par en tirer quelque sens de la logique du système de tiers et des raisons du sens que les Lakelanders lui prêtaient.

D'ci à ce que j'eusse terminé ces deux chapitres la dernière lumière du jour était partie et la fenêtre devant moi donnait sur une scène nocturne éclairée par des lampadaires et des fenêtres occasionnelles. Je décidai de ne pas lire le reste du livre, le remis à sa place sur les étagères, et pris la sortie dans le vent froid.

Je ne me perds pas facilement, sinon j'aurais probablement fini en train de vadrouiller dans quelque direction au hasard jusqu'à ce que je puisse trouver un taxi ou autre chose. Tel que c'était, je n'étais pas sûr de mon orientation jusqu'à ce que j'arrive en vue du Capitole. Les trottoirs étaient tout sauf désertés — j'intuitai que la vie nocturne de Toledo offrait un paysage bien animé — mais je ne prêtai pas beaucoup d'attention aux gens que je croisai sur le moment. Je pensais au livre que j'avais lu et au journal dans ma poche, et à la différence entre les bouts fragmentaires d'information que j'avais l'habitude de glâner par courtes salves sur le métanet et la connaissance, avec son contexte, que j'avais assemblée à partir des écrits que je venais d'absorber, plus longs, plus riches contextuellement. C'était une comparaison qui rend humble. Je décidai qu'il me faudrait faire le tour des écoles et lycées de Lakeland, pour voir si la différence s'y appliquait là-aussi.

Quand j'atteins l'hôtel où je dormais, néanmoins, je dûs faire attention, parce qu'il n'y avait pas de voie d'entrée; la foule de la réception de mariage était dehors devant, délimitant un chemin étroit depuis la porte jusqu'au bord du trottoir, où attendait une élégante voiture à cheval. Je n'eus pas trop de mal à deviner ce qui était sur le point de se passer, aussi je me tins là sur le bord extérieur de la foule, en attendant l'heureux couple. Quelques-uns des invités avaient pris le temps de mettre des manteaux et des chapeaux avant de sortir dans l'air de la nuit, et je me m'y fondai assez bien pour qu'une jeune femme se poussant un chemin à-travers la foule me tende un petit sac de riz à jeter. Je le pris, amusé, et attendis comme le reste.

Quelques minutes plus tard, les invités de marque sortirent — deux jeunes hommes au début de leur vingtaine, riant en se tenant les mains et visiblement très amoureux. Je les saupoudrai de riz comme tous les autres, et me tins là alors qu'ils grimpaient dans la voiture et agitaient les mains. Le conducteur claqua ses rênes et les chevaux s'ébranlèrent en un trot diligent; les acclamations et les grands gestes des bras habituels s'ensuivirent, et au loin ils s'en allèrent.

La foule commença à s'éparpiller. Je me tournai vers la porte et me retrouvai nez-à-nez avec le pianiste qui avait été jouer dans le restaurant de l'hôtel durant le déjeuner le jour-même. Bien sûr il ne me reconnût pas plus que la mule de George Washington; il se tourna pour rerentrer, et puisque c'était le chemin que j'allais prendre, aussi, je le suivis. Le hall d'entrée ça pouvait aller, mais l'escalier était un fleuve de gens se dirigeant vers les portes, et donc le pianiste et moi nous retrouvâmes l'un à côté de l'autre au pied de l'escalier, en attendant que la foule se passe et nous laisse passer.

C'était du bien bon jazz que vous jouiez ici,” lui dis-je,“à l'heure du déjeuner.”

Il m'adressa un regard surpris. “Merci !” Et : “Vous êtes un des amis politiques de Sandy ?”

Non, juste en séjour ici à l'hôtel.” Il hocha la tête, et je continuai. “Vous jouez ailleurs ?”

Ouais, ceci est juste ma tournée de jour. Les vendredi et samedi soirs je suis au Harbor Club en ville.” Il mit la main dans sa veste, en tira un petit rectangle de papier rigide et me le tendit. Je me rendis compte après avoir eu un blanc que c'était une carte de visite à l'ancienne. Une typographie chic énonçait :

Sam Capoferro
et ses Frogtown Five

Tout en bas en petits caractères il y avait leurs coordonnées.

Montrez ça à la porte et il n'y a pas de prix d'entrée,” m'indiqua-t'il. “À une prochaine là-bas.”

Un écart s'ouvrait dans la foule, et il prit l'escalier. J'empochai la carte de visite et attendis une autre ouverture.


[NdT]
* En français dans le texte.
** Progresso IV : allusion à la devise nationale du Brésil, Ordem e Progresso, elle-même un hommage à Auguste Comte.
*** la taupe et le ragondin : personnages d'un des grands classiques de la littérature anglaise pour enfants, Wind in the Willows, traduit en français sous le titre Le Vent dans les saules.


[Texte original : John Michael Greer. Traduit de l'anglais par votre serviteur]

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